08.12.2009
Les infanticides
"répondent souvent à la même mécanique"
La mère de la petite Typhaine a été mise en examen pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de 15 ans". Michèle Agrapart, psychologue-criminologue, décrypte dans l'Express le comportement des mères tueuses.
Les parents de Marina et Typhaine sont soupçonnés d'infanticide. Ce type de crime répond-il à un shéma classique?
On observe souvent la même mécanique dans les meurtres d'enfants perpétrés par leurs parents. La plupart du temps, ces enfants sont régulièrement victimes de maltraitance et succombent d'une correction qui a mal tournée. Dans ces familles, il y a toujours un "enfant-cible" que l'on maltraite plus que les autres. Il s'agit souvent d'un enfant handicapé ou adopté, soit du petit dernier dont on ne voulait pas ou bien encore de celui né d'une autre union. Avant l'issue fatale, ces enfants ont déjà subi de nombreux sévices.
On ne peut donc pas parler de geste passionnel?
Non. Généralement, les parents sont conscients de ce qu'ils font. Certaines mères tuent sciemment leurs enfants car elles considèrent qu'ils les empêchent d'être heureuse ou parce que leur nouveau compagnon ne le supporte pas. On remarque d'ailleurs que beaucoup de mères n'éprouvent ni tristesse ni remords En revanche, elles peuvent ressentir de la colère parce qu'elles se sont fait prendre, parce qu'elles ont perdu leur compagnon ou parce que les services sociaux leur ont pris leurs autres enfants. Parfois, ces femmes prennent conscience de ce qu'elles ont fait des années après le crime et regrettent leur geste, mais ce n'est pas automatique.
Finissent-elles toujours par avouer leur meurtre?
La plupart de ces femmes dissimulent leur meurtre, inventent une fugue ou un enlèvement. Elles sont capables d'embobiner les médias, en pleurant et en implorant le monde entier pour qu'on les aide à retrouver leur fils ou fille. Elles sont souvent de bonnes comédiennes très manipulatrices. Mais elles sont généralement confondues par la justice qui met en valeur des incohérences dans leur discours. Il arrive également que des femmes s'autopersuadent de leur mensonge et se convainquent que leur enfant a été enlevé ou tué par un autre alors qu'en réalité, elles ont commis un crime.
En psychologie, le terme infanticide désigne le meurtre d'un nouveau-né par ses parents. Lorsque l'enfant est un peu plus grand, on parle de filicide. Mais ces termes ne sont pas reconnus par le droit. Les parents sont souvent mis en examen pour "violences ayant entraîné la mort". Y a-t-il des différences entre les "filicides" commis par des pères et ceux des mères?
De moins en moins. Aujourd'hui, les femmes adoptent de plus en plus de comportements masculins. C'est vrai dans la vie de tous les jours et dans les meurtres qu'elles commettent. Elles copient les modes opératoires masculins. Elles n'hésitent pas à utiliser la violence physique, des armes pour tuer. Auparavant, les meurtres commis par les femmes étaient essentiellement des empoisonnements.
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30.11.2009
La maltraitance a des effets biologiques à long terme
Il existe une étude démontrant qu'il y a un lien entre la maltraitance des enfants et des modifications épigénétiques de certains gènes. Il y a quelques jours, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Neuroscience a montré que même un stress relativement léger chez des souris, sous la forme d'une séparation d'avec la mère pendant trois heures par jour sur les dix premiers jours, avait des conséquences tout au long de la vie des souris en question. Elles étaient plus sensibles à de nouvelles situations de stress et avaient une moins bonne mémoire.
Les chercheurs de l'Institut Max Planck de Psychiatrie de Munich ont pu démontrer que cela est dû à des modifications épigénétiques lors du premier stress qui altèrent de façon permanente l'expression de la vasopressine, une hormone du stress. Une hypométhylation d'une zone régulatrice importante contrôlant l'expression de ce gène induit une surexpression de la vasopressine, générant une hypersensibilité au stress. L'administration d'une molécule bloquant l'action de la vasopressine permet de supprimer cette réponse excessive. Il y a donc un lien direct entre un stress précoce, même bénin, et la capacité de ces souris à résister à des situations sortant de l'ordinaire.
Il est tout à fait possible qu'un mécanisme similaire soit découvert chez l'homme. En tout état de cause, cela renforce l'idée que la maltraitance subie par un enfant peut l'influencer de façon durable, et on connaît aujourd'hui au moins un mécanisme biologique responsable de ce processus au travers de modifications épigénétiques.
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27.11.2009
Maltraitance infantile
et dépression chez l'adolescent et le jeune adulte.
Dans cette étude, un échantillon d'adolescents représentatif de la population des États-Unis afin d'étudier l'association entre maltraitance infantile (abus physiques et sexuels) et dépression à l'adolescence et au début de la vie adulte.
Les études montrent que la maltraitance dans l'enfance constitue l'un des principaux facteurs prédictifs de dépression. L'un des mécanismes alternatifs expliquant la relation entre maltraitance infantile et dépression chez l'adolescent et le jeune adulte est l'existence d'un milieu familial ou communautaire défavorisé (ou autres facteurs) qui a une incidence sur ces deux paramètres. A l'aide des données issues de la version courte de l'étude National Longitudinal Study of Adolescent Health (Add Health) menée aux États-Unis, cet article met en lumière plusieurs résultats au sujet de la relation entre maltraitance et dépression et des différences liées au sexe observées en matière de dépression. En premier lieu, on constate que très peu d'éléments montrent que l'ajustement sur des facteurs environnementaux communs relatifs à l'école ou au voisinage permet d'expliquer la relation entre maltraitance et dépression. Cela montre de plus que l'ajustement sur des facteurs familiaux communs réduit le potentiel prédictif de la maltraitance sur la survenue d'une dépression.
Les résultats exposés dans cet article corroborent dans l'ensemble les résultats des études antérieures montrant que le lien entre maltraitance infantile et dépression est plus significatif chez les femmes, même à l'intérieur de familles. Pour finir, les résultats de cette étude suggèrent que les effets de la maltraitance infantile sur la dépression peuvent augmenter avec l'âge.
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27.08.2009
SYNDROME DE SILVERMAN
ou syndrome des enfants battus ou victimes de sévices
[?] Qu'est-ce que c'est ?
Le radiologue et pédiatre américain Silverman a décrit en 1953 des signes radiologiques en rapport avec des fractures négligées et d'âges différents chez le jeune enfant. Par abus de langage, on appelle "syndrome de Silverman", le syndrome des enfants battus.
Les statistiques hospitalières montrent que les sévices à enfants représentent 0,5% des hospitalisations en pédiatrie. Selon Deschamps, un enfant de moins de 6 ans sur 150 est victime chaque année de sévices plus ou moins grave, soit 30 000 enfants par an en France...
[?] Les signes de la maladie
Les signes cliniques sont caractéristiques et parmi les multiples lésions possibles, on voit des ecchymoses et des hématomes de formes diverses et de topographie insolite évoquant des boucles de ceinture, des traces de fouet, de bâton, de courroie, de tisonnier, de bagues, de griffures ou de morsures.
Ces hémorragies cutanées et sous-cutanées sont à différents stades : bleu, vert et jaune indiquant que les coups se sont succédés à des dates différentes. Imputer ces stigmates à un seul traumatisme accidentel est donc un mensonge facile à reconnaître. On peut constater des traces de brûlures par allumettes, cigarettes ou liquides bouillants. Une alopécie (perte de cheveux) en clairière traduit l'arrachement brutal des cheveux. Les déchirures des gencives faites en enfonçant brutalement le biberon dans la bouche ne sont pas rares. Les lésions des organes génitaux sont fréquentes. Les commentaires des parents pour expliquer ces lésions sont bien souvent évasifs, embarrassés, fallacieux, contradictoires. Tantôt, ils se réfugient dans le mutisme, tantôt ils inventent des explications aberrantes : le nourrisson est tombé dans les escaliers, il a tendance à faire des ecchymoses, il y a une prédisposition à la fragilité osseuse dans la famille etc... Ils peuvent aussi inventer d'étranges accès pendant lesquels l'enfant aurait poussé des cris stridents et serait devenu livide ou tout mou.
Une telle histoire risque d'orienter le médecin vers une "mort subite récupérée" ou une convulsion et imposer un certain nombre d'examens complémentaires inutiles... La séparation momentanée de l'enfant du milieu familial sera cependant bénéfique...! L'enfant maltraité est habituellement, mais pas toujours, sale, négligé, parasité. Il est fréquemment habillé de loques. L'érythème fessier érosif et papuleux témoigne d'un manque d'hygiène patent.
Des troubles de l'état général sont souvent associés : hypotrophie staturo-pondérale liée à la sous-alimentation et au manque d'affection et de stimulation, malnutrition, rachitisme, anémie hypochrome.
C'est surtout dans les classes sociales les plus défavorisées que se recrutent la plupart des enfants martyrisés. L'insuffisance de ressources, le chômage, les logements exigus et surpeuplés, le déracinement, l'isolement au sein du groupe social sont souvent retrouvés. L'instabilité des relations conjugales, les mères célibataires, les concubinages successifs avec enfants de plusieurs lits, la multiplicité des hospitalisations et des placements d'enfants, les nourrices clandestines de mauvaise qualité, l'éthylisme chronique, la débilité mentale, les anomalies de la personnalité des parents sont des éléments importants dans la genèse de ce fléau.
Ce n'est toutefois pas toujours le cas et on observe parfois ce syndrome chez des enfants paraissant en bon état général.
Parfois, et ces cas sont plus difficiles à reconnaître, et plus troublants, les parents se masquent derrière une façade où tout paraît normal : conditions socio-économiques, structure familiale, comportement. Certaines enquêtes sociales font état de "mères jeunes, jolies et aimables", d'intérieurs bien tenus et avenants, de "familles charmantes, habitant dans un logement propre et soigné".
Le terme de "sévices à enfants" regroupe en réalité plusieurs faits. Il y a les enfants battus et parfois gravement blessés, les sévices mineurs mais répétés, les manipulations brutales mais aussi les "sévices sans coups", c'est-à-dire les négligences dans les soins de première nécessité (alimentation, hygiène etc...), les sévices moraux ou psychologiques, les carences affectives, les abus sexuels etc..., en fait tous les cas où l'adulte est amené à exercer des actes de violence physique ou mentale sur son enfant ou l'enfant d'un autre.
On tend à rapprocher de ces cas, les violences institutionnelles qui passent inaperçues : la séparation d'un enfant de sa famille par les services sociaux quel qu'en soit le motif, le fait de considérer comme déficient mental un enfant échouant à l'école pour des raisons socio-économiques et culturelles, les règlements sévères de certaines institutions, l'endoctrinement politique et religieux, les carences affectives dans des établissements médico-pédagogiques ou les maisons familiales, les scandales, complaisamment étalés dans une presse avide, relevés dans certaines maisons d'enfants où les moniteurs ou les directeurs ont des personnalités franchement pathologiques, l'exploitation des enfants à des fins pornographiques, le tourisme sexuel (enfants de Bangkok...) etc...
[?] Diagnostic
Il est exceptionnel que des parents amènent leur enfant blessé à l'hôpital en disant :"Voilà, je l'ai frappé un peu fort et depuis il ne marche plus..."!
Cela arrive néanmoins surtout lorsqu'il s'agit de parents apparemment heureux d'avoir un enfant mais qui ont, l'espace d'un instant, perdu leur sang-froid devant une bêtise plus ou moins vénielle...
Parfois, ce sont les services sociaux prévenus par un voisin, un membre de la famille, une nourrice etc... qui font faire une enquête et découvrent un enfant maltraité, hypotrophique, sale, couvert d'excréments, abandonné sans soins, sans nourriture, faible au fond d'un placard ou d'une cave. Les quotidiens à sensation ne manquent pas d'étaler ces drames, photos à l'appui. L'enfant est alors hospitalisé pour bilan et remis sur pied tandis que l'action judiciaire se poursuit et qu'un avenir de placements divers s'ouvre à l'enfant.
Il existe des cas où un seul enfant est électivement victime de mauvais traitements alors que ses frères et soeurs sont traités normalement et le resteront même si le "souffre-douleur", objet de l'agressivité sélective, est retiré à la famille.
L'attitude indifférente ou impatiente des parents envers l'enfant est déjà un élément de suspicion surtout lorsqu'ils l'accusent de sentiments méchants, sournois ou pervers.
La répétition des mêmes accidents chez un même enfant oriente également le médecin qui aura pu laisser passer une première explication plus ou moins plausible.
La disparition des troubles, l'amélioration de l'état nutritionnel à l'hôpital, cet "hospitalisme à l'envers" sont très suggestifs d'autant qu'on constate des récidives dès que l'enfant retourne chez lui.
Le comportement de l'enfant battu est particulier.
Il peut être triste, apathique, terrorisé, esquivant des gestes de défense à chaque tentative d'approche ou bien, au contraire, trop facile, trop doux, s'attachant indistinctement à toute personne entrant en contact avec lui.
Parfois, l'enfant, hébété, ne manifeste aucun intérêt pour l'entourage ; il ne sait ni rire ni pleurer. Les troubles de l'appétit sont fréquents : boulimie ou anorexie. Il peut avoir l'apparence d'un arriéré mental.
L'accent est porté actuellement sur le dépistage des situations à risque dans le cycle de la vie familiale : divorce, survenue d'une naissance non désirée, retour dans sa famille d'un enfant placé, déménagement, perte d'emploi, problème psychiatrique aigu, crise familiale etc... et des lieux de rencontre et d'écoute pour les parents désemparés sont mis en place : "SOS, Parents anonymes" etc...
Signes radiologiques
Les radiographies du squelette mettent en évidence de multiples fractures négligées et d'âges différents. Les clichés montrent souvent le décollement du périoste des os. Ces décollements périostés sont assez évocateurs.
De graves complications viscérales doivent être dépistées telles que des ruptures de rate (échographie de l'abdomen) ou des hématomes sous-duraux. L'hématome sous-dural, épanchement sanguin entre le cerveau et la boîte crânienne, est secondaire à un coup porté sur la tête. Il est parfois mortel
Conduite à tenir
Encore de nos jours, un comportement prévaut chez certaines personnes qui consiste à dire : "Il ne faut pas se mêler des affaires des autres!". C'est ainsi que des cas graves d'enfants maltraités, plus ou moins connus ou soupçonnés par l'entourage immédiat, sont dépistés trop tardivement.
Toute personne ayant constaté des sévices doit alerter la D.D.A.S.S. ou le juge des enfants.
Le traitement est très difficile car il ne s'agit pas tant de "châtier" les parents que de les aider à surmonter leurs problèmes afin qu'ils puissent assurer à l'enfant un milieu familial favorable à leur développement.
Les parents responsables de sévices peuvent être condamnés par le tribunal correctionnel ou la cour d'assises à des peines d'amende ou de prison, assorties ou non de sursis. La déchéance de la puissance parentale, la tutelle aux allocations familiales couplée à des mesures d'assistance éducative sont d'autres solutions possibles.
Les mesures de protection de l'enfance en danger sont variées :
Programme d'assistance préventive à domicile ;
Maintien de l'enfant dans sa famille avec une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert (AEMO)
Remise du mineur à un parent ou à une personne digne de confiance, à un établissement d'enseignement, d'éducation, de rééducation, de soins ou de cure.
Poursuivre les parents devant la Justice ne résout pas leurs problèmes, pas plus d'ailleurs que ceux de l'enfant maltraité. Retirer l'enfant du milieu familial sans apporter aucun soutien aux parents, c'est les inviter à en maltraiter un autre. Les parents doivent être protégés d'eux-mêmes et pour la plupart des spécialistes, le comportement agressif de ces parents est un cri d'alarme, un signe de détresse, auquel la société se doit de répondre. L'aide doit être personnalisée, durable, positive, ferme mais non moralisatrice, plus éducative que répressive.
Les juges pour enfants éprouvent de grandes difficultés en matière de sévices sur les enfants. Ils doivent parfois prendre des décisions urgentes sans avoir eu le temps de réunir tous les éléments d'information. Ils doivent réagir aux multiples pressions des voisins, de la directrice d'école, des autorités municipales, de la presse etc... qui ne voient pas d'autres solutions que le retrait immédiat de l'enfant. Ils doivent également savoir contrôler leurs propres réactions et leur désir de se rassurer par un placement sécurisant.
La prévention repose sur l'amélioration des conditions de logement, la lutte contre l'alcoolisme, la contraception qui évite les grossesses non désirées, l'interruption volontaire de grossesse, l'amélioration des structures d'aide sociale.
C'est poser là un problème social, politique et économique qui déborde largement le cadre strictement médical.
L'avenir des enfants maltraités
Les récidives après hospitalisation sont de 60%. Les séquelles sont nombreuses. Elles peuvent être physiques ou psychologiques. Les études ont retrouvé, chez les enfants victimes de sévices revus plusieurs années après, de nombreux problèmes psychologiques : d'importantes difficultés affectives avec anxiété, crainte de rejet, instabilité, troubles du sommeil, colères violentes, agressivité, opposition, retard de langage, énurésie, encoprésie etc...
Souvent, ces enfants, devenus parents à leur tour, vont faire subir à leur progéniture, par fatalisme social, éducatif et psychologique, le même type d'éducation, faite de coups et de brutalités.
Bibliographie sommaire :
Allô Enfance maltraitée
Téléphone 119 (appel gratuit)
Tyrode Y.: L'enfance maltraitée.
Coll.: Vivre et Comprendre. Editions Ellipses, Paris, 1999
Grafeille N. et J.-M. : La pédophilie.
Coll.: Vivre et Comprendre. Editions Ellipses, Paris, 1999
Auteurs : :Dr Lyonel Rossant, Dr Jacqueline Rossant-Lumbroso.
http://www.doctissimo.fr/html/sante/encyclopedie/sa_596_s...
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15.08.2009
Les maltraités et la résilience
Des trous dans la résilience : charité bien ordonnée commence par soi-même
Les fées ne se sont pas penchées sur leur berceau : des sorcières, peut-être... Ils ont vécu des enfances difficiles, surmonté des traumatismes parfois effroyables. Mais ils en sont sortis plus forts, plus lucides. Souvent, nul ne devinerait, à voir leur parcours de vie exemplaire ou la démonstration de leurs talents, les manques essentiels qui ont prévalu à l’aube de leur vie. Ce sont des résilients, vous en connaissez sûrement, peut-être l’êtes-vous vous-mêmes. Je remercie ici Boris Cyrulnik d’avoir montré si brillamment que tout n’est pas joué avant six ans, et que du pire peut parfois sortir le meilleur.
Mais le meilleur pour qui ? C’est la question que je veux explorer ici.
La résilience est un phénomène très humain, qui donne espoir en l’homme. Son existence, qui traduit bien le phénomène du libre-arbitre, nécessite plusieurs facteurs pour se mettre en place, en particulier un ou plusieurs " tuteurs de résilience ". Il va s’agir pour le petit d’homme traumatisé, de chercher dans tous les modèles qui sont à sa portée, autre chose que ce qui le condamnerait à revivre ses traumatismes ou à les faire vivre à d’autres. Comme l’évoque Boris Cyrulnik, ce tuteur de résilience peut être un proche de la famille ou un enseignant. Parfois, un modèle littéraire peut faire l’affaire. Grâce à ce tuteur de résilience, l’enfant va oeuvrer à l’édification de sa propre personnalité, en se donnant des valeurs qui ne sont pas forcément celle de son milieu, et il va utiliser une réelle énergie pour aller sur un chemin qu’il va se choisir. Les résilients sont des gens qui, comme le dit Joyce Mac Dougall, ont " investi leur grandissement ".
Mon projet ici n’est pas de décrire la résilience : les livres de Boris Cyrulnik sont très explicites à ce sujet et, de plus, agréables à lire. Je peux ici juste décrire les résilients eux-mêmes, parce que cela introduit mon propos. Cette description n’est peut-être pas " classique ", mais c’est ma façon de tenter d’illustrer ce concept, sachant d’ailleurs que toute typologie est générale et exclut inévitablement les cas particuliers différents. En fait, quand je parle de "résilients", je ne pense pas en terme de structures, mais en terme fonctionnel. Je me limite d’ailleurs aux résilients ayant développé un altruisme un peu plus élevé que celui de la moyenne des hommes, et je m’inspire, dans ma conception, de Boris Cyrulnik, et d’Alice Miller, entre autres, ainsi que de mes propres observations.
Les résilients
Ce sont en général des gens " sages ". Mêmes s’ils sont passionnés, ils prennent rarement de décision à la légère. Ils ont connu le poids du malheur, et ils tentent du mieux qu’ils peuvent, d’éviter de le revivre ou de le créer. Souvent, ils ont une pensée globale, anticipant beaucoup et prenant le parti de la collectivité ou d’autrui. Cela les rend altruistes, et, en général, bien acceptés dans les groupes où ils ont souvent un aspect modérateur. La faculté qu’ils ont de se mettre à la place de l’autre les rend très adaptables, et s’accompagne d’un altruisme parfois discret mais net. Quelquefois ils s’adaptent d’ailleurs un peu trop longtemps aux situations, même difficiles, plutôt que d’en sortir.
Ces caractéristiques viennent du mouvement résilient.
En effet, comment un enfant intelligent peut-il se sortir sans trop de dégâts d’une relation familiale marquée par un égoïsme et une maltraitance parentale ou sociale ?
Une des bonnes façons de s’en sortir, c’est de tenter de deviner ce qui se passe, par exemple dans la tête de ces parents immatures et imprévisibles, pour trouver l’attitude appropriée. Les enfants ayant trouvé ce mécanisme de défense vont avoir une grande facilité à l’âge adulte à se mettre à la place de l’autre : ils sont très sensibles à l’environnement et même très intuitifs.
De plus, cette aptitude s’accompagne d’une sorte d’ " appétence thérapeutique ". En effet, l’enfant au prise avec une mère ou un père immature ou en souffrance, va essayer de soigner son parent défaillant, à la fois parce que c’est la seule façon qu’il peut trouver pour que celui-ci soit davantage capable de lui apporter un peu de l’affection et de l’attention dont il a besoin, mais aussi parce, en apportant du soutien à son parent, et en s’identifiant à lui, il reçoit, en reflet, la satisfaction qu’il donne.
Ce dernier mécanisme est très fréquent, et n’est pas sans conséquence, aussi, je vais le détailler un peu.
Aider l’autre pour se secourir soi-même
Imaginons une mère déprimée, incapable de s’occuper de son enfant. Celui-ci peut s’identifier à sa mère et ressentir sa souffrance à sa place. Et trouver alors les mots apaisants ou les attitudes enjouées qui vont sortir celle-ci, au moins momentanément, de son marasme. Outre que celle-ci peut perdre effectivement, un peu de sa tristesse, ce qui est important, c’est que le mécanisme en lui-même permet à l’enfant de téléporter sa propre tristesse d’être délaissé par sa mère, en devenant activement celui qui la soigne : il transforme ainsi une position passive douloureuse en position active. En soignant sa mère, c’est lui qu’il soigne, mais il ne le sait pas.
C’est ce qui fait que beaucoup de résilients se retrouvent dans des professions de soins, mais en particulier de soins psychiques : psychiatres, psychologues, éducateurs...
Mais c’est aussi ce qui explique que toutes les caractéristiques positives décrites dans la résilience, ont aussi un aspect négatif : le revers de la médaille.
La douleur des résilients
En effet, de quoi se plaignent les résilients, quand, un jour, ils se plaignent ? De ne pas avoir de retour. Ils disent " Ce n’est pas que j’attendais quelque chose en échange : quand je donne, cela m’est naturel et je ne vois pas comment je pourrais ne pas aider un ami qui a du souci. Mais, au bout du compte, moi j’aide tout le monde et, quand moi, j’ai un souci, je me retrouve seul. Cela me donne un profond sentiment de vide, comme si je m’étais vidé auprès des autres, et que l’on ne me donne rien quand, à moi, j’en ai besoin. "
A ce moment-là, la dépression guette, ou, parfois, la fragilisation psychosomatique. Le système s’effondre, mais peut reprendre comme avant, pour peu que le résilient retrouve son mode de fonctionnement habituel.
Cette identification à la souffrance de l’autre que l’on soigne pour soigner sa propre souffrance oubliée, c’est un mécanisme qui est à double tranchant : effet bénéfique intégrateur évident, mais aussi, oubli d’un égoïsme naturel qu’on va perdre dans l’autre. Ce mécanisme est à l’oeuvre dans bien des acceptations de maltraitance. Et on comprend pourquoi certaines personnes marquées par une violence parentale, et qui s’en sont très bien sorties, vont un jour accepter une violence conjugale pour la raison que le mari violent, au fond, souffre...
Je laisse de côté la question, pourtant importante aussi, du sentiment de culpabilité. Freud dans "Totem et Tabou" a brièvement évoqué cette question du sentiment de culpabilité inconscient, qui serait l’introjection d’une culpabilité parentale non reconnue chez les parents. C’est vrai que les résilients donnent parfois l’impression de passer leur vie à racheter des fautes qu’ils n’ont pas commises, pardonnant à l’autre et lui trouvant toutes sortes d’excuses, tout en corrigeant, du mieux qu’ils peuvent, les conséquences pour celui-ci de ses conduites fautives.
Pour en revenir à ce mécanisme de la projection dans l’autre de son propre égoïsme, dans une sorte d’oubli de soi-même, je considère que c’est le noyau de la souffrance réelle, et profonde, de nombre de résilients qui semblent pourtant avoir tout à fait réussi leur vie.
Comme le décrit Alice Miller dans " Le drame de l’enfant doué ", ces enfants doués qui cherchent par leur activité psychique à donner un sens au chaos dans lequel ils vivent, deviendront des adultes qui peuvent être sujets à la dépression, en particulier, la dépression devant le succès. Ils ne savent pas qu’ils recherchent l’approbation de leur mère, mais, en réussissant, ils ressentent comme un vide, qui est celui qu’ils ont vécu enfants.
De même, s’ils se sentent en difficulté, au lieu de demander de l’aide comme il semblerait judicieux de le faire, ils vont en donner à quelqu’un, en pensant que celui-ci en a davantage besoin qu’eux. Ils reproduisent là cette translation de leur douleur qui les a sauvés plus jeunes. A part que donner quand on est déprimé, cela coûte beaucoup. Et, pour peu que celui qui est aidé ne donne en retour ni reconnaissance, ni affection, le vide peut finir par devenir vertigineux.
Cette défense infantile, qui fut un facteur d’évolution très positif, finit par se retourner contre le résilient. Quand, lors d’un travail psychothérapeutique, il essaie de se défaire de cette contrainte à l’aide d’autrui, tentant d’assouplir un peu cette défense, il se rend compte que, souvent, il n’y parvient pas. Le travail de réappropriation d’un égoïsme légitime, et l’acceptation de la position de demande d’aide, va se faire au travers de phases où la souffrance et la colère impuissante initiales devront être retraversées.
L’entourage du résilient
Les personnes dont s’entoure le résilient sont souvent des gens qui acceptent, sinon au début, du moins assez rapidement, comme un dû, ce qui leur est apporté par le résilient. L’homme est ainsi fait qu’il n’aime pas se retrouver en situation de dette, et qu’il confond souvent reconnaissance et dette. Là où le résilient s’attend à de la reconnaissance, son obligé évite le sentiment de dette en tenant leur relation réciproque et asymétrique comme allant de soi. Et, plus le temps passe, plus c’est le cas. Il est difficile de faire comprendre aux personnes altruistes que c’est leur propre générosité, et leur absence d’attente d’une réciprocité, qui conduit des gens qui ne sont pas, a priori, des monstres, à se comporter en goujats.
De même, l’habitude qu’ont les résilients de " prendre sur eux " pour ne peser sur personne, a des conséquences sur ce qu’ils rencontrent quand ils sont malades. En effet il arrive que leur entourage ou leur médecin, à l’instar de ce qu’ils font eux-mêmes, minimisent leurs symptômes. Et quand ils finissent par se plaindre, c’est tellement inhabituel, que ce n’est parfois pas entendu, voire critiqué " Tu ne vas pas t’y mettre ! ". C’est quelque chose qui se passe dans l’infra-verbal. Les résilients altruistes savent si bien faire passer le message que l’important, c’est l’autre, qu’il peut arriver que ce soit le médecin qui soit déstabilisé à l’idée que ce patient si solide soit malade ou déprimé, ce qui peut retarder le diagnostic. Il faut dire qu’il peut arriver que le résilient lui-même, qui ne sait pas vraiment se plaindre, oublie carrément d’évoquer tel ou tel signe fâcheux de son état. Parfois même un expert peut voir arriver une patiente maquillée et sur son "trente et un", donnant le change comme si son but c’était de faire croire qu’elle n’était pas malade, ce qui est faux et pas du tout dans son intérêt.
Du pire sortir le meilleur, mais pour qui ?
J’aurais envie de répondre qu’il faut prendre garde, quand on s’est sorti d’une enfance difficile, de ne jamais oublier que l’on doit être, d’abord, son propre meilleur ami. Si la société aime ces personnes généreuses et ayant le sens du collectif, si partout, en famille ou au travail, on favorise ces comportements d’oubli de soi, il faut savoir ne pas trop s’identifier à cet idéal, garder à l’esprit ce nécessaire équilibre entre intérêt personnel et intérêt de l’autre. Il faut savoir que rien ne réparera jamais les manques infantiles, mais que l’on s’en sort d’autant mieux qu’on les reconnaît, ces manques. Qu’ils donnent, grâce à la résilience, accès à une sensibilité rare, et même à une créativité vivante. Mais que ce qu’il est important de reconquérir, ou de conquérir, c’est une relation à l’autre où l’on accepte autant de recevoir que de donner.
REF :
"Les vilains petits canards" Boris Cyrulnik chez Odile Jacob
"Le drame de l’enfant doué" Alice Miller aux PUF
NB : cet article est aussi publié sur Mediapart
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15.07.2009
Violence psychologique...
La violence psychologique est une problématique toute récente, très souvent sous-évaluée et banalisée. Puisque longtemps associée à un mode d'éducation rigoureux (fermeté, autorité, absence de contacts chaleureux), on a tendance encore de nos jours à en juger les effets comme un manque de ressources personnelles (sois fort ; ne pleure pas ; pousse, pousse, pousse !) plutôt qu'un sentiment de souffrance réelle pouvant créer des séquelles sérieuses sur le développement de l'enfant.
Une des raisons expliquant ce phénomène est que cette problématique s’avère difficile à identifier et à bien définir. En effet, il devient extrêmement complexe de différencier objectivement (hors de nos propres systèmes de valeurs et de nos jugements personnels) ce qui relève d'un mode d'éducation rigoureux ou d'un mode d'éducation abusif et néfaste pour l'enfant.
La “American Professional Society on Abuse of Children” (APSAC, 1995) a établi une large définition de la violence psychologique. Elle définit celle-ci comme étant une répétition de comportements inadéquats qui font en sorte que l’enfant a une faible estime de lui-même et se sent inutile, déprécié, non-aimé, non-voulu ou menacé. Elle ajoute aussi que la violence psychologique se manifeste le plus souvent par le fait d’être privé d'affection, rejeté, insulté, ridiculisé, terrorisé, isolé, exploité ou abandonné, et ce, de façon répétée.
La violence psychologique engendre elle aussi son lot de conséquences tant du point de vue physique et psychologique qu'émotionnel.
Au plan physique, on énonce que les victimes peuvent avoir une baisse au niveau de l’appétit et peuvent même voir apparaître des problèmes d’énurésie et d’encoprésie, ce qui conduit le plus souvent à des attitudes de rejet encore plus manifestes de la part des adultes qui en ont la charge (certains parents diront à ce sujet avoir l'impression que l'enfant fait exprès de les provoquer davantage).
Plusieurs impacts émotionnels et psychologiques sont identifiés chez les victimes de violence psychologique. Il est démontré que les jeunes peuvent se mettre à mentir, à voler et à développer un mode de rationalisation (distorsion de la pensée) qui les justifie de commettre de tels actes. On remarque également des difficultés d’attribution et de perception chez ces victimes.
De plus, certains enfants vivent un énorme stress et une grande colère. Ils développent des troubles anxieux ou des problèmes au niveau de la gestion de leurs frustrations.
On retrouve souvent chez ces jeunes un fort sentiment d'inhibition. Ils se sentent alors démunis et dépourvus de possibilités dans leurs interactions sociales, ce qui les rend fragilisés et vulnérables à d'autres manifestations de rejet. Ou au contraire, ils ont tendance à développer un type de relation davantage impulsif, où toute allusion, critique ou tout jugement est immédiatement ressenti comme une nouvelle manifestation de violence, ce qui engendre automatiquement une réponse défensive qui se manifeste le plus souvent par une expression de colère ou même de violence verbale (crier, dire des jurons), psychologique (ridiculiser, émettre des sarcasmes, faire du harcèlement), ou physique (lancer, frapper des objets ou des personnes).
D’autre part, les études démontrent que les jeunes victimes ont le plus souvent une faible estime d’elles-mêmes et qu’elles ont plus de difficulté à devenir indépendantes et à se prendre en charge à l’âge adulte.
Les victimes se sentent alors impuissantes et incompétentes dans ce qu’elles entreprennent et elles ont de la difficulté à créer des relations significatives de confiance avec leurs pairs, particulièrement dans les relations amoureuses et avec les autres en général.
Enfin, bien qu'il s'agisse là d'une violence qui ne fait pas de bruit, on remarque dans des cas plus extrêmes une propension à l’isolement, de la dépression, des troubles graves de santé mentale, une forte consommation d'alcool ou de drogues, ainsi qu’une tendance à la prostitution, au suicide et même à l’homicide.
Émilie Girouard, Bachelière en psychoéducation
http://www.marie-vincent.org/francais/maltraitance-envers-les-enfants/violence-psychologique.html
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09.07.2009
Michael Jackson et sa fratrie, la tragédie de l'enfance maltraitée.
Par M Philips
La mort du Roi de la Pop nous donne l'occasion de revenir sur les très graves conséquences de la maltraitance familiale à enfant. La maltraitance à enfant peut conduire à de très graves désordres psychologiques ultérieurs et même à la mort. L'histoire de la fratrie Jackson en est un exemple tout à fait caractéristique.
Non seulement le père Jackson a maltraité ses enfants, mais il en a associé pratiquement toutes les formes, de la maltraitance physique (ce que l'on nommait dans le passé « les enfants battus ») aux abus sexuels en passant par la violence psychologique!
Les faits.
Michael, ainsi que ses nombreux (8) frères et sœurs ont subi la violence physique de leur père dès leur plus jeune âge. Celui-ci les battait, leur donnait des coups de ceinture. Les coups, ça fait mal, mais ça laisse aussi des traces dans la tête.
Le père de Michael a aussi fait subir à ses enfants une maltraitance psychologique sous la forme d'humiliations graves et répétées (traitait son fils de « gros nez »), sous la forme d'exigences éducatives hors de proportion avec l'âge de ses enfants (en faire des stars professionnelles à un âge où l'on devrait encore jouer aux petites autos ou à la poupée).
Enfin, le père de Michael n'a pas pu s'empêcher d'entrainer dans une relation incestueuse plusieurs de ses enfants, garçons et filles, en les invitant à partager sa sexualité dans le lit parental, pendant que Mme Jackson tournait le dos et faisait semblant de ne rien voir.
On considère aujourd'hui le viol comme un crime, c'est dire la gravité des conséquences qu'on lui attribue. Le viol, la relation incestueuse peut conduire à deux très sévères conséquences: la confusion des générations et la mésestime de soi. On considère que la position «d'ascendant»(parent) est toujours un facteur aggravant. Cela a été le cas dans la famille Jackson.
Il n'y a qu'une seule forme de maltraitance que le père Jackson ne semble pas avoir exercé sur ses enfants: la maltraitance par carence, par négligence! Et encore, peut-être ne savons-nous pas tout!
Les conséquences.
Il suffit de regarder ce que fut la vie de Michael, pour y retrouver, comme dans un sinistre catalogue, toutes les conséquences de ce qu'il eu à endurer durant son enfance.
Michael ne s'aimait pas car son père l'avait méprisé, humilié. Dès qu'il en eut les moyens, il chercha à modifier son apparence, ne plus être ce petit clown qui se prenait des coups, qui était rabaissé, traité comme un objet. Il eut recours à la chirurgie esthétique à de multiples reprises, allant même jusqu'à essayer de changer de peau, entrer dans une autre enveloppe, en changer la couleur.
Tous les enfants qui ont subis des abus sexuels disent ce sentiment de « saleté » que leur propre corps leur inspire. Beaucoup se lavent sans cesse, se grattent jusqu'au sang.
Michael ne s'aimait pas, se cachait derrière des lunettes noir et une chevelure abondante qui lui cachait le visage.
Michael eut les plus grandes difficultés à grandir, à mûrir. Toute sa vie, il resta comme une sorte d'enfant, un petit prince, un petit pantin dans l'incapacité à devenir homme. La confusion des générations dans laquelle l'attitude incestueuse de son père le mena, le fit déraper dans sa relation avec les enfants dont il recherchait sans cesse la compagnie.
Michael n'était pas un pédophile pervers, ne chercha pas à utiliser le corps des enfants comme des objets pour son plaisir égoïste, non. Il était tout simplement resté un enfant qui cherchait à partager un peu de chaleur humaine. Mais dérapage quand même! La place d'un garçon de 12 ans n'est pas dans le lit d'un adulte de 40! Cette quête, jamais atteinte, Neverland en témoigne jusqu'à la caricature. Michael se tournait vers les enfants car l'image des adultes qu'il avait reçue ne pouvait que lui faire horreur.
La prostitution trouve très souvent son origine dans des histoires d'abus sexuels intra-familiaux subis durant l'enfance. La presse n'a pas évoqué de telles dérives dans la fratrie Jackson, mais je ne serais pas étonné qu'il en soit un jour question. Le comportement exhibitionniste de sa sœur Janet, les seins à l'air sur scène, pourrait y être apparenté. Il ne semble pas, heureusement pour lui, que Michael ait reproduit, comme c'est parfois le cas, sur ses propres enfants toutes les formes de maltraitance qu'il avait subi.
Le poignant témoignage de sa fille la plus jeune le confirme. Reste cependant ce moment d'une violence extrême lorsque Michael ne trouva rien d'autre que de présenter à la foule un de ses derniers enfants, encore bébé, en l'exhibant au dessus du vide. Ne faisait-il pas là autre chose que de reproduire ce qu'il avait lui-même subi? A la lumière de toutes ces violences subies, on comprend aisément le besoin de se rassembler qui unissait les membres de la fratrie Jackson.
En conclusion.
Les enfants ont toujours été l'objet de maltraitance. Pendant longtemps on disait qu'ils étaient « habités par la diable », qu'il fallait « les mettre au pas », qu'ils avaient un « mauvais fond » dont il convenait de les débarrasser, « pour leur bien », par tous les moyens, pour en faire des hommes. Le mépris, l'humiliation ont eu cours longtemps, plutôt dans les « bons » milieux. Dans les milieux plus défavorisés, c'était plutôt la ceinture, les coups.
On rencontre des abus sexuels intra-familiaux dans tous les milieux, de tous temps. Sigmund Freud fut la victime de son père, Marilyn Monroe d'un compagnon d'une nounou. Quand ces abus ne sont pas dénoncés et ne sont pas poursuivis par la justice, la victime a les plus grandes difficultés à se reconstruire. C'est le cas dans la famille Jackson où, à ma connaissance, il n'y a jamais eu de plaintes déposées contre Monsieur Jackson. C'est sans doute ce qui a autorisé cet ignoble révérend Al Shorpton, « ami » de la famille, à « vanter les qualités des parents de Michael » devant la terre entière!
L'histoire de la fratrie Jackson nous rappelle que la défense des droits de l'enfant doit rester une priorité dans les sociétés qui veulent avancer. Le destin de Marilyn connut sa part de réussite mais la vie privée de cette artiste ne fut qu'une suite de malheurs la conduisant à la mort à seulement 36 ans.
Freud parvint, à force de volonté, de courage et d'intelligence à dépasser la souffrance de son enfance pour devenir le bienfaiteur de l'humanité que nous connaissons. Reste quand même qu'il ne put jamais renoncer à ce cigare mortifère qui lui rongeait la mâchoire et lui infligeât de terribles douleurs pendant de nombreuses années et jusqu'à la fin de la vie.
http://www.mediapart.fr:80/club/blog/m-philips/080709/mic...
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28.06.2009
Apprendre à vivre mieux
Les rêves sont le produit de notre imagination la plus individuelle De temps en temps, vous trouverez l'explication de certains rêves et vous verrez qu'à chaque fois le rêveur exprime son idée ou son ressentis du rêve. Ces rêves reflètent les options, l'expérience, ou encore les attentes et les stratégies existentielles propres à toute une culture (à un peuple dans une période déterminée). Ce sont les rêves d'une personne, selon son âge, selon son sexe, selon son vécu; vos rêves vous appartiennent en propre.
Les archétypes et symboles ont une signification profonde pour l'humanité entière. Cependant, leur signification varie en fonction de la personnalité de chacun mais aussi en fonction de la mentalité générale ou de l'intérêt du moment. La sexualité (qui n'a rien à voir avec l'accouplement) est une des bases essentielles du rêve. (On peut aussi l'appeler libido). L'intérêt sexuel apparaît dans les premiers âges de la vie, de même que l'instinct de conservation. Dès sa naissance, le nourrisson cherche à établir la communication mais aussi recherche bien-être et plaisir. L'adulte aussi, toujours.
Il est important d'évacuer les divers complexes primordiaux qui affectent les gens: complexe d'Œdipe -Œdipe épouse sa mère Jocaste après avoir tué son père Laïos. Pour se punir, il se crève les yeux et va errant sur la terre en s'appuyant sur sa fille Antigone-, complexe de Diane (chez les jeunes filles) ou d'Electre, de Jocaste (femmes mariées) de Caïn (jalousies dans la fratrie). Ces complexes apparaissent de façon normale dès l'enfance et la préadolescence mais peuvent se focaliser en cristallisations négatives dans les psychismes fragiles, si la famille est déstabilisée. Ils deviennent alors pathologiques.
La famille forte est sereine et équilibrée: chacun des parents y joue parfaitement son rôle. Père protecteur, présent et attentif aussi bien à son épouse qu'à sa progéniture, mère féminine, joyeuse, confiante en l'avenir, éducatrice. Si chacun des parents joue parfaitement son rôle, alors les divers complexes se règlent sans problèmes particuliers pour l'avenir de l'adulte. Mais, si le père est trop sévère, mou ou absent et/ou si la mère est geignarde, futile ou dominatrice, alors l'enfant aura d'énormes difficultés à s'intégrer plus tard, sa vie entière sera gâchée: impuissance, stérilité, homosexualité, femme-"mec", dévalorisation, manque de confiance en soi. Et tous ces sentiments perturbés et perturbants se retrouvent constamment en rêve.
Afin de couper le cordon ombilical et vivre de ses propres ailes, il faut s'opposer à ses parents, plus ou moins violemment. A chaque instant de l'enfance et de la puberté, puis de l'adolescence, peuvent se produire des inadaptations à la situation conflictuelle. En règle générale, le garçon veut éliminer son père (qu'il admire pourtant) afin d'avoir sa mère pour lui tout seul; de même, la fille veut son père pour elle seule et considère sa mère comme une rivale à éliminer alors qu'elle l'aime. D'où des sentiments contradictoires et violents qui engendrent des peurs, parfois irraisonnées.
L'enfant est perturbé et se sent seul. La situation de l'Œdipe est un phénomène puissant, qui absorbe l'être. La complexité des rêves évolue en fonction de l'âge. Plus l'enfant est jeune, plus le sur-moi est peu puissant et les rêves sont faciles à décoder. Il s'agit le plus souvent de rêves de désir afin de lutter contre la frustration éprouvée la veille ou très récemment. Mais il peut avoir des rêves d'angoisse liés au phénomène de la crainte d'abandon. La seule personne qui peut l'aider à lutter contre cette angoisse, c'est sa mère, dont l'amour le protège. Il ne faut pas qu'elle soit seule, sinon le ressenti de solitude sera immense.
Durant l'Œdipe, les sentiments seront refoulés au plus profond de soi. La situation perdurant assez longtemps, (l'adolescence), de nombreuses couches de protection inconsciente vont se superposer les unes sur les autres. Il deviendra difficile de les faire sauter le moment venu, tant elles sont béquilles psychologiques. Ces sensations confuses et ces sentiments mal digérés engendreront des pulsions et des comportements plus ou moins asociaux chez l'adulte. Les comportements atypiques aident, tant bien que mal, l'être à s'adapter à la vie en société. Selon les individus les comportements d'adaptation sont différents: agressivité, tyrannie domestique, orgueil incommensurable, fuite devant la moindre difficulté, anxiété perpétuelle, dévalorisation de soi... La plupart du temps, ces personnes ont rarement conscience de cette épouvantable situation intérieure. Cependant, toujours, l'angoisse est grande, notamment dans les rêves.
Changer, c'est bien. Attention, cependant, à ne pas démolir les autres. En effet, très souvent le milieu professionnel ou familial a été choisi ou "aménagé" en fonction du complexe ancien. Il peut donc être dangereux de travailler sur soi-même car la lucidité et la compréhension de sa vraie personnalité peuvent obliger à des changements déchirants et/ou drastiques qui ne feront pas plaisir à tout le monde. Parfois, le sujet trouve plus de compréhension et donc d'amour pour les autres en se comprenant lui-même.
EXPLICATION DES REVES - © Josyane JOYCE – réédition MAI 2009 – Extraits
BIBLIOGRAPHIE :
L'interprétation des rêves - Pierre DACCO - éditions Marabout
Dictionnaire des symboles - Jean Chevalier - Alain Gheerbrant
Collection Bouquin Robert Laffont / Jupiter éditions
Pour connaître la déclinaison entière de mon travail, allez sur cette page de mon site où vous apprendrez comment on décode les images des rêves.
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08.05.2009
La Haine n’est pas Mauvaise en Soi
On entend souvent parler de sentiments dit négatifs comme la haine, mais ils ne sont pas dangereux en eux mêmes nous dit Alice Miller, car les sentiments ne font pas de mal, c’est au contraire de vouloir supprimer de tels sentiments en les rendant inconscients que ça devient dangereux. C’est même d’être conscient de tels sentiments qui nous évite la souffrance inutile et nous libère de notre passé et de nos souffrances intériorisées. La haine est une défense normale contre les blessures.
La haine est un " bouc émissaire ", un sujet interdit auquel Alice Miller " s’attaque " pour nous expliquer que la haine est une réaction normale, mais que l’interdiction de s’en apercevoir ("le 4ème commandement") nous fait confondre la haine en elle même et les conséquences de la négation de cette haine. On s’interdit d’éprouver de tels sentiments pour se protéger des parents qui interdisent ces sentiments dits négatifs qui déclenchent la violence parentale, la haine est encore trop souvent confondu avec la violence, car la haine apparaît en situation de violence.
Extrait de l’Article d’A.Miller "Qu’est-ce que la haine ?" :
"On associe habituellement le mot haine à l’idée d’une dangereuse malédiction qu’il faudrait éloigner aussi vite que possible. On entend aussi souvent dire que la haine serait pour l’individu un poison qui rendrait quasiment impossible la guérison des blessures reçues dans l’enfance. Comme je me démarque nettement de cette opinion courante, il m’arrive souvent d’être mal comprise. De ce fait, mes efforts pour faire la lumière sur ce phénomène et pour approfondir cette notion n’ont pas eu beaucoup de succès jusqu’alors. Voilà donc pourquoi je recommande la lecture préalable du chapitre de mon livre " Chemins de vie " intitulé " Comment naît la haine ? " à qui souhaiterait me suivre dans ce développement-ci. Il faut quand même dire, que dans ce chapitre, écrit en 1996, il y a une réflexion dans laquelle je vois aujourd’hui la tendance universelle de protéger les parents à tout prix dont je me suis libérée entre-temps (cf. "Notre corps ne ment jamais", Flammarion, Paris). Je pense moi aussi que la haine peut empoisonner un organisme, mais seulement tant qu’elle reste inconsciente et dirigée contre des substituts, c’est-à-dire des boucs émissaires. Alors, elle ne peut pas se dissoudre et disparaître. Supposons que je haïsse les travailleurs immigrés, mais que je sois dans l’incapacité de voir comment mes parents m’ont traitée lorsque j’étais enfant, comment par exemple ils laissaient le nourrisson que j’étais hurler pendant des heures, ou ne me regardaient jamais avec amour, alors je souffre d’une haine latente qui peut m’accompagner ma vie durant et déclencher dans mon corps divers types de symptômes. Mais si je sais le mal que mes parents m’ont fait du fait de leur aveuglement et que j’ai pu ressentir consciemment ma révolte contre leur comportement, je n’ai pas besoin de reporter ma haine sur des personnes qui n’y sont pour rien. Avec le temps, la haine que j’éprouve à l’égard de mes parents pourra s’atténuer et même disparaître pendant des périodes plus ou moins longues, mais des événements de la vie présente ou la remontée de souvenirs sous un angle neuf pourront aussi la ranimer brusquement. Mais maintenant, je sais de quoi il retourne. Maintenant, je me connais suffisamment bien, grâce justement aux sentiments que j’ai revécus, ET LA HAINE NE ME POUSSERA PAS A TUER QUI QUE CE SOIT, NI A PORTER PREJUDICE A QUICONQUE."
A SUIVRE
Il existe un site Internet d'Alice Miller que vous trouverez facilement dans votre moteur de recherche préféré; vous pourrez y contacter directement cette femme extraordinaire.
La rédactrice du blog n'a pas écrit cet article
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14.02.2009
La Psy des Enfants Maltraités – 8
A chaque fois, on me dit que l’on n’était pas un enfant maltraité, que l’on n’était pas non plus un enfant battu, mises à part quelques claques, qui bien sûr comme chacun sait ne comptent pas, ou de coups de pied au derrière occasionnels, qui en fait étaient vraiment mérités, parce qu’on était parfois insupportable et qu’on tapait sur les nerfs de ses parents. Souvent on m’assure qu’au fond on était un enfant aimé, mais qu’on avait de pauvres parents dépassés, malheureux, dépressifs, mal informés ou même alcooliques, qui eux-mêmes avaient grandi sans amour. Rien d’étonnant alors si ces parents perdaient patience et tapaient si facilement. On ne peut qu’avoir de la compréhension pour un tel comportement. On aurait tant voulu leur venir en aide, parce qu’on les aimait et qu’ils nous faisaient de la peine. Mais même au prix des plus grands efforts, personne n’a jamais réussi à les sauver en les tirant de leur dépression et à les rendre heureux.
Tout cela laissait subsister les affres d’un sentiment de culpabilité que rien ne peut faire refluer. On se trouve en permanence confronté à cette question : qu’est-ce que je fais de travers ? Pourquoi je n’arrive pas à tirer mes parents de leur détresse et à les sauver ? Je me donne tant de mal. Avec les thérapeutes, c’est pareil. Ils disent que je dois quand même profiter des bonnes choses de la vie, mais je n’y arrive pas, et de cela aussi je me sens coupable. Ils disent que je dois malgré tout devenir enfin adulte, ne pas me considérer comme une victime, que mon enfance est terminée depuis longtemps, que je dois quand même finir par tourner la page et arrêter de ruminer. Ils disent que je ne dois pas chercher de coupable ou de responsable ailleurs, sinon la haine me tuera, que je dois enfin pardonner et vivre dans le présent, sinon je suis un patient "borderline", ou je ne sais quoi encore. Mais comment puis-je y arriver ? Naturellement, je ne veux pas incriminer mes parents, parce que je les aime et que je leur dois d’être au monde. Ils ont eu assez de soucis avec moi. Comment me débarrasser de mes sentiments de culpabilité ? Ils deviennent encore plus forts à chaque fois que je frappe mes enfants, c’est affreux de voir que je suis incapable d’arrêter de le faire, et je replonge à chaque fois dans le désespoir. Je me déteste de ce recours irrépressible à la violence, je me hais quand je suis pris d’une crise de fureur aveugle. Que puis-je faire contre cela ? Pourquoi dois-je constamment me détester et me sentir coupable ? Pourquoi tous les thérapeutes que j’ai vus ne m’ont-ils été d’aucune aide ? Depuis des années j’essaie de suivre leurs conseils, mais malgré tout je n’arrive pas à me libérer de mes sentiments de culpabilité et à m’aimer comme je devrais le faire. "
La Pédagogie Noire et les Thérapies
Nombre de thérapeutes et de thérapies sont donc encore prisonniers de telles conceptions moralisatrices et dangereuses. Alice Miller propose même sur son site une " FAQ " (Comment trouver le/la thérapeute qui me conviendra ?) pour aider à trouver un thérapeute qui soit vraiment une aide, libéré des préceptes moraux traditionnels de l’éducation, ce qui tranche avec l’opinion répandue que la plupart des psys sont compétents, elle nous dit le contraire, que seulement une minorités sont compétents et peuvent vraiment aider leurs patients, car peu d’entre eux ont osés remettre en question leurs propre éducation, leurs propres parents et une majorité ne semble pas pouvoir tenir compte de l’importance de l’enfance qui reste minimisée :
Adresses de thérapeutes
Si je connaissais des thérapeutes assez respectueux pour répondre à vos questions ; assez libres pour montrer leur indignation sur les comportements de vos parents envers vous ; assez courageux pour vous accompagner avec empathie quand vous exprimez votre rage bloquée dans votre corps depuis des décennies ; assez bien informés pour ne pas faire des sermons sur "vous devez oublier", le pardon, la méditation et les "pensées positives" ; assez honnêtes pour ne pas vouloir vous endormir avec des mots vides comme "spiritualité" quand ils ont peur de votre histoire tragique - je serais heureuse de vous donner leurs noms, adresse et téléphone. Mais je ne les connais pas.
Quand j’ouvre Internet, je trouve une avalanche d’offres ésotériques, religieuses, sectaires, commerciales ou des pratiques manipulatrices dangereuses sur le corps, en tout cas pas ce que je cherche.
A SUIVRE
Il existe un site Internet d'Alice Miller que vous trouverez facilement dans votre moteur de recherche préféré; vous pourrez y contacter directement cette femme extraordinaire.
La rédactrice du blog n'a pas écrit cet article.
09:40 Publié dans Psychologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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